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49e : le livre de la pauvreté

Coproduction Théâtre de l’Athanor - Atelier de Musique du Havre (Paris - Palaiseau - Le Havre). Création de Clémentine Amouroux et Jean-Paul Buisson d’après le poème de Rainer Maria Rilke. Nouvelle traduction de Clémentine Amouroux, Claudia Schoeller et Claire Langlois. Dessins de Samiha Driss.

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Le livre de la pauvreté et de la mort : voix et piano

C’est une conversation avec un Dieu qui est de tous « le plus dénué de tout .../... la pierre qui roule sans trouver de repos, le vent qui ne possède rien, la nudité sous la lumière. »

Un homme témoigne du monde où il vit, un monde où l’économie se nourrit au détriment des hommes. « les hommes servent les sociétés et y dérivent, ayant perdu l’axe et le rythme de la vie …/… l’argent enfle, suce toutes leurs forces, il est obèse, ils sont petits et creux. » Il témoigne du morcellement intérieur des humains, prie pour que l’homme trouve en lui-même « le fruit qui est au centre de tout …/… la grande mort que chacun porte en soi. » et une pauvreté, qui ne soit pas la misère qui exclut, mais la « grande lumière au fond du cœur. »

Malgré la violence du sujet, la langue de Rilke reste concise, musicale et comme détachée, respectant le désir du témoin : « que mon sang mugisse plus fort que l’océan, mais que, sans aliéner, mes paroles restent tendres, et qu’elles soient désirées. »

Témoins à notre tour, nous avons voulu inviter le spectateur à se joindre à cette méditation qui a « la lumineuse gravité d’une prairie qu’inonde une brève pluie d’été. »
La musique de Jean-Paul Buisson a été écrite pour le texte, dit par Clémentine Amouroux. Elle s’est élaborée très progressivement, par succession de périodes d’improvisation et d’écriture, toujours en confrontation avec le texte. La voix du piano et celle de la comédienne sont irréversiblement liées.
L’absence d’espace scénique s’est également imposée peu à peu. Les spectateurs - placés en tous sens, de manière presque aléatoire - et le témoin - la comédienne - sont ensemble dans le même espace, la même lumière, les mêmes vibrations du piano. Les regards se rencontrent, glissent ou fuient. Le témoin n’est pas toujours visible, il se déplace au sein de ce corps collectif que forment les spectateurs, obligé parfois de forcer le chemin entre eux.

La voix qui se déplace, l’extrême proximité avec le témoin, parfois dérangeante, créent les conditions d’une écoute différente, flottante. Bien que dit très simplement, le texte, de par sa grande complexité échappe parfois à la compréhension du mental. Quelque chose qui ressemble à une plongée en soi-même prend alors le relais.

La musique :

Les partitions comportent exclusivement les signes indispensables à l’interprétation. Les transitions répétées entre texte parlé, piano improvisé, silence, chants et piano écrits ont imposé ce choix.

Le piano improvisé qui sous-tend le texte durant cinquante minutes n’a pas vocation à exister en tant que musique de scène. Il fallait donc inscrire l’écriture de ces six chants dans cette continuité.

Les mots de Rilke, riches de leur propre musique, leur chant, leur rythme, leur suspension, imposent au compositeur une grande humilité. L’évidence - au fil des improvisations qui nourrirent les quatre années de travail nécessaires à l’élaboration du spectacle – qu’il fallait simplement tenter d’utiliser les sensations multiples nées des sons du texte, de s’immerger sans retenue dans le trouble poétique, et de tenter d’en devenir un résonateur, d’y amener une contribution sonore évocatrice, comme un doublage au plus près du texte dans une langue dépourvue de sens, génératrice de sensations, intimement liée à la poétique des mots.
Peu de notes, beaucoup de vigilance ; peu de sons, beaucoup d’intention ; peu d’intensité, beaucoup d’énergie : l’exact contraire de l’accompagnement, de l’ambiant, du minimal ; un maximal aiguisé, composé de chuchotis sonores résolus.

Les espacements entre les notes, hors des métriques usuelles, invitent à une lecture « graphique » spontanée, adaptable aux capacités de la voix et du piano. La partition doit donc s’aborder de façon intuitive, sensuelle, immédiate, pour mieux mettre en évidence dès la première lecture la substance musicale commune. Seule la mémoire des répétitions successives doit permettre de fixer le détail des temps, des synchronismes, des intentions, du phrasé unique de chaque duo, en toutes liberté et exigence.

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