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48e : fragmendises
48e Fragmendises - image

Nées à Cherbourg d’une généreuse proposition d’Isabelle Leguern en 1997, exhumées en 2008.

Douze pièces dont trois – n°1, 7, 12 – furent créées par Françoise Baert, Jean-Paul Albert Buisson et Ax Delbor en mars 2008, écrites pour quatre mains de pianistes lecteurs et deux mains d’électroacousticien improvisateur. Au fil des répétitions et concerts, l’évidence que les neuf autres devaient définitivement être condamnées à demeurer elliptiques s’imposa. Musique d’un premier abord facile – peu de signes, une notation quasi académique – mais exigeant des deux pianistes des qualités peu usuelles, suggérées à l’humain par la machine : par exemple délivrer des intensités, des durées rigoureusement identiques et constantes, bannir l’expressivité, le rubato, jusqu’aux limites de l’humainement possible, et proposer ainsi un socle immuable à l’électroacousticien, ouvrant donc un champ infini à son improvisation.

Parier sur l’évidence du son, la chorégraphie des mains finissant par écrire les sons avec une extrême précision, le minimum d’informations préalables, le maximum de sensations surgissant de contraintes fortes mais limitées en nombre. S’affranchir de toute notion de démonstration, de valeur, d’intérêt, d’esthétique, de richesse, de résolution, de fascination, d’originalité et de signature. Ne livrer que les tensions, les vibrations du fil reliant chacun des musiciens à l’univers partagé. Dissoudre le vieux débat entre l’écrit et l’improvisé par l’exclusion évidente de tout son inutile et vain. L’usage pédagogique : Courbet l’a écrit, l’art ne peut pas s’enseigner.

Asseoir au piano un deuxième musicien, face à une partition dont les difficultés ne se révèleront qu’au fil du jeu, qu’après l’émission des premiers sons, l’associer à la recherche de sensations. La mise en jeu de la proposition écrite permettra, sans l’usage des mots, d’expérimenter : apprentissage de la recherche de son intime, inventaire des vecteurs possibles, oser le toucher, la sensualité, mettre en jeu la totalité du corps, des sens, qualifier la relation aux autres musiciens, ni indifférente, ni détachée, forte et engagée, inventorier par le ressenti les états proposés par la musique, le son, le jeu. Pour les deux pianistes, atteindre enfin – par l’interprétation rigoureuse des signes – la perte de conscience de soi au profit du mystérieux « musicien à quatre bras » Se confronter à l’improvisateur, le nourrir…

Cette musique, remise sur l’établi en 2020, sera précédée de Fragment Zéro, et la suite des quatre pièces constituera un répertoire complet de concert, joué – piano 4 mains + claviers – par les deux pianistes.

Extrait mp3 proposé : Fragmendise 7

Fragmendise 7